03.03.2010

Les minarets et les bobos.

Vaste sujet.

Il me faut absolument évoquer préalablement mon vécu face au racisme.
Je suis né "enfant du monde". Je veux dire que dans mon esprit les différences, qu'elles soient de couleur, de religion ou de tout de qu'on veut, je ne les "voyais pas".
Ce n'était donc pas le fruit d'une réflexion, non, j'étais trop jeune, c'était naturel.
Ce n'était pas du fait de mes parents non plus, eux qui ne manquaient jamais l'occasion de critiquer les immigrés italiens qui étaient légion dans mon coin. Je ne comprenais pas pourquoi et leur attitude me dérangeait profondément d'autant plus que lorsque j'étais invité chez un de mes copains italiens, la chaleur de
l'accueil de ses parents me surprenait et forcément je me demandais ce que mes parents pouvaient bien leur reprocher.
Quelques années plus tard, sur les bancs de l'école, j'ai rencontré celui qui allait devenir mon meilleur ami. Christian.  Il était polonais et parlais très mal le français.
A notre première rencontre, nous nous sommes regardés et nous savions. J'ai été m'assoir à coté de lui et une aventure qui allait durer 40 ans commençait. Il y a une dizaine d'années, il m'a remercié de ne pas l'avoir mis en quarantaine à l'époque,
de ne pas avoir pris en compte ses "différences".
J'en suis resté sur le cul. Il ne m'en avait jamais parlé.
Je n'avais jamais, mais jamais pensé ni imaginé qu'il avait souffert de l'attitude des autres et à contrario avait apprécié la mienne.
Un petit bond dans le temps et lors de mon premier job, mon premier "collègue" direct était noir. Jean-Paul.Nous eûmes d'excellentes relations, nous sommes d'ailleurs partis quelques années en vacances ensemble. Et un jour, sur une plage quelque  part aux alentours d'Alicante, qu'elle ne fut pas ma surprise lorsqu'il m'avoua, les larmes aux yeux, qu'il ne me remercierait jamais assez de n'avoir jamais fait quelconque allusion à la couleur de sa peau.
Encore une fois, je n'ai pas compris. Pour moi, il n'avait rien de différent et je dis cela en toute honnêteté.
Encore un petit bond dans le temps.
Lorsque j'étais IT opération manager dans les années 80, j'engageais de temps à autre du personnel. Un jour, parmi les cv's reçus, celui d'un arabe, Abdel,
m'apparut comme étant le meilleur.
Naturellement il fut engagé. Je dois préciser que c'était  le premier arabe engagé dans la boite.  Je n'ai jamais compris le déferlement de haine, de reproches vilipendés par les autres cadres de l'entreprise à mon égard. " Y a pas assez de belges au chômage, non?".
Pfffttt.Crétins.
Et ainsi de suite, les exemples sont nombreux, mon copain Omar, un syrien que j'adorais, ma copine Kadija avec qui nous avons eu de nombreuses discussions "philosophiques" , etc, etc...
Je sais, j'étale tout cela comme de la tarte à la crème mais c'est nécessaire pour que l'on ne se méprenne pas sur la suite de mes propos.
Parce que parallèlement à toutes ces expériences, d'autres constats ont nourri ma réflexion et ma pensée  d'aujourd'hui.
Comme fil rouge de ce cheminement, je citerai un ami de Normandie.
Il est français d'origine italienne. Lui est né en France, ce sont ses parents qui sont venus s'y installer  pour y travailler.
Et il se plaît à me raconter que son père, en présence de tiers leur interdisait de parler italien rétorquant " qu'ici, on était en France et que la moindre des choses était de respecter le pays qui les avait accueillis."
Aujourd'hui,pourtant, quand, au hasard de mes parcours, je rencontre une mosquée, j'en éprouve un indicible sentiment de malaise.
Assez inexplicable au regard de ce que j'ai été toute ma vie.
Un athée et un laïque dans tout les sens des termes, soit  ouvert et tolérant, surtout ouvert parce que le mot tolérant me fait mal aux oreilles tellement je le trouve péjoratif.
Alors pourquoi ce sentiment de malaise?
Sans doute, premièrement, parce que je ne reconnais plus les paysages de mon enfance et que je me demande ce que ces mosquées font là.
Bon, évolution, brassage normal des populations.
Ce n'est que de l'histoire en marche, je devrais le savoir, moi qui aime tant l'Histoire.
Non,je ne devrais pas avoir ce sentiment. Mais je l'ai.
Alors, en y réfléchissant, je me dis que si jamais je n'ai  ressenti un sentiment de rejet, que du contraire, pendant tout mon parcours, c'est peut-être parce qu'"ils" étaient tous intégrés, tous ceux que j'ai rencontrés. Peut-être.
Et aujourd'hui, lorsque je suis dans une librairie à Bruxelles,
et que soudainement la porte s'ouvre et que deux arabes entrent en hurlant
à la libraire, " ferme ta boutique, sale pute, c'est ramadan", un autre sentiment de malaise m'envahit.
Plus fort encore cette fois. Je me sens personnellement agressé.
Bon, en plus tous ces attentats, cette folie meurtrière au nom d'une lecture dirigée du Coran.
J'en viens à haïr toute forme de religion, qu'elle soit elle.
Tant d'exactions ont été commises en leur nom.
Mais c'est pas le problème. Le problème est bien évidement l'intégration. Doublé d'un problème social.
Et aucun de nos gouvernements occidentaux n'a su prendre la mesure des flux migratoires et de l'intégration de ceux-ci.
Et forcément cela attise le terreau de l'extrême droite,  le racisme et le rejet de l'autre se développant de plus en plus dans les esprits de nos populations indignées. Les italiens ont même été inventé le permis de nationalité...à points. Franchement..., mais cela ne me fait même plus sourire. 

Bon, on pourrait en parler pendant des heures, il y a tant de choses à dire.
Et pour terminer sur les minarets suisses, ce qui est quand même le sujet de l'article, et bien que je sois conscient que c'est la droite facho qui exploite les peurs des "gens" et bien je dirais aujourd'hui..que je ne suis pas loin d'être d'accord avec eux. J'ai bien dit pas loin, pas plus...

Cela me fait un peu de peine d'en venir à de telles conclusions. Tant de gachis par la faute de nos gestionnaires et des religions, éternels alibis devant l'éternel.

Je suis attristé également parce que le président de la Lybie a déclaré la "guerre sainte" à la Suisse..., ça c'est aussi très fort. Pourquoi attristé? Parce que bien sur si je n'accepte pas le coté obscur de ce chef d'état, principalement son soutien probable dans de nombreux attentats terroristes qui ont fait des victimes innocentes, j'ai toujours eu un petit faible(je dis faible, hé oui chacun ses faiblesses), pour le personnage mais dans ce cas précis, transformer une petite vengeance personnelle en guerre sainte,  c'est vraiment assez pitoyable.  Soit.

Ce n'était qu'une parenthèse. En conclusion, je dirais ceci.

Immigrer dans un pays, c'est, pour reprendre mon fil rouge, le  remercier de son accueil, s'intégrer à son mode de vie parce que on a pensé, en y venant, que c'était la terre promise, le pays ou on avait envie de vivre et non pas essayer d'imposer ses propres coutumes, sa propre religion sans pour autant bien sur y renoncer.
Oui, au moins ça... par respect.

Et pour les minarets? A-t-on interdit les synagogues, les temples,etc..? Non. Alors? Mais ces derniers n'étaient sans doute pas associés à cette image négative que nous renvoie une partie de la population qui fréquentera ces minarets. Mais quelle autre image pourrait renvoyer cette population complètement déboussolée parce que laissée pour contre et à elle-même par les pouvoirs occidentaux, surtout de gauche, au nom de la sacro-sainte liberté d'expression, qui n'ont finalement rien fait de véritablement concret  si ce n'est preuve de laxisme. 

Et si la gauche bobo, TOLERANTE et bien pensante se sent offusquée par ces propos, et bien tant mieux...On peut être bobo et de droite, non...:D?

 

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